mercredi 7 novembre 2012

Enfants de remplacement?

Lorsque j'ai annoncé ma volonté d'avoir un enfant après la mort de Tal, on m'a prise pour une folle à lier. "On ne fait pas d'enfants de remplacement!" m'a-t-on dit. Je n'ai même pas essayé de me justifier, tant ce mot "enfant de remplacement" me paraissait inapproprié. Remplacer mon fils aîné? Remplacer cet enfant, ce jeune homme si particulier, tellement aimé? Remplacer Tal? Cela était absolument impossible, absurde.
Bien avant son décès, dans mon esprit, j'avais imaginé comment faire face à la mort d'un enfant. Cette perte me semblait de loin la pire épreuve réservée à des parents. D'ailleurs, j'observais avec appréhension celles de nos connaissances qui avaient dû traverser une expérience aussi douloureuse. Dans un séminaire de connaissance de soi, on nous avait demandé de formuler nos peurs, pour moi c'était indiscutablement la perte d'un ou pire de plusieurs enfants.
C'est ainsi que peu à peu, longtemps avant le drame, a germé en moi l'idée que s'il arrivait quelque chose à mes fils, je ferais tout pour avoir un autre enfant. Cette idée s'est confirmée pendant l'été sanglant 2006, lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Quand Tal est subitement mort en octobre de la même année, ma décision avait déjà été prise: j'essaierais d'avoir un autre enfant.
Pendant quelques mois, cet espoir, ce rêve un peu fou, m'a permis de tenir, de survivre. Puis, un jour, la nouvelle est tombée: j'étais enceinte. Awa et Bean sont le plus beau des cadeaux que la vie ait pu nous offrir depuis le départ de Tal. Ma douleur d'avoir perdu mon fils aimé demeure, mais mon existence a retrouvé un sens dont elle avait été privée et que Naïm, au seuil de sa vie d'adulte, ne pouvait lui donner à lui tout seul. Awa et Bean sont des enfants très différents de leurs grands frères, la tentation de les comparer nous est ainsi largement épargnée.
Je souhaite que nos jumeaux n'auront jamais à utiliser le terme d'enfants de remplacements. Ils sont des enfants à part entière, nés dans une famille complexe, traumatisée mais aimante. D'ailleurs, les familles sans histoires existent-elles?
Je terminerai mon message par la célèbre citation de Khalil Gibran dans Le Prophète:
"Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas."

 Fouquet extrait de La vierge et l'enfant 1450

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire