jeudi 28 mars 2019

Valeurs

Il y a quelques années, une de nos visites m'a interrogée au sujet des valeurs que je souhaitais transmettre aux boubies.

J'étais interloquée. En effet, j'avais l'impression d'avoir perdu tous mes repères après la mort de Tal. De plus, depuis toujours, je me situe en marge des systèmes de valeurs véhiculés par la religion et la société, qu'ils soient d'ordre spirituel ou idéologique.

À y penser de plus près toutefois, je prends conscience que j'ai profondément intégré les valeurs de la démocratie, du devoir professionnel et familial et une certaine éthique, au point que je les considère pratiquement comme innées.

Je vais donc essayer de hiérarchiser les valeurs que je souhaiterais communiquer aux boubies:

1) La vie, la valeur de leur propre existence et de la vie d'autrui
2) La formation et la culture, la volonté d'apprendre et de progresser
3) Le respect et la réciprocité
4) L'honnêteté, la générosité
5) L'art: créer, pratiquer et s'y intéresser
6) La nature: la respecter et sauvegarder
7) La laïcité et la relativité des croyances humaines
8) La liberté tant qu'elle ne nuit pas à autrui et à l'environnement

J'ai trouvé cette bouée sur la grande toile!
Ces valeurs ne se trouvent pas en tant que telles dans mon système personnel,
mais au fond, je les approuve également.
Or, je désirerais remplacer le concept de vérité par par celui de factuel.

Et vous, quelles sont vos valeurs?

lundi 4 mars 2019

Dangers d'internet

Mon article sera court, mais il me semble utile d'en parler le plus possible, ici également, même si j'étale ma naïveté face à de tels phénomènes.

Cet après-midi, j'ai lu un article expliquant le jeu malsain et dangereux qui a cours sur internet, les réseaux sociaux et Whatsapp depuis quelques mois déjà (c'est vrai, je débarque complètement!): Momo Challenge. Surprise, j'ai demandé à Awa si elle savait de quoi il s'agit et lui ai montré une photo de cette bizarre femme oiseau. Je ne m'attendais pas à sa réaction. Ma préadolescente s'est mise à hurler, est devenue hystérique. En essayant de la calmer, j'ai appris qu'elle et d'autres enfants de la classe seraient déjà tombés sur le jeu, qu'elle n'a toutefois pas ouvert les liens, qu'ils (les enfants) parlent des méfaits des défis proposés. En larmes, elle m'a demandé de ne plus jamais mentionner Momo. Elle a toutefois attisé ma curiosité et je partage une de mes trouvailles, même si vous êtes certainement mieux informés que moi...


Par ailleurs, Awa a soudain compris pourquoi nous résistons au téléphone portable. En effet, les risques de faire de mauvaises rencontres existent et elle semble l'avoir compris...



Nota bene: En fait, je ne me suis doutée de rien à cause de la réaction à fleur de peau de notre fillette aimée. Ce soir, j'ai lu dans un magazine allemand qu'en fait le Momo Challenge ne constitue qu'un hoax. 
J'essaie toujours de vérifier mes sources, mais les cris d'Awa ont eu raison de ma vigilance. 
Cette mésaventure n'enlève en rien le fait qu'internet est une autoroute de la communication qui comporte des risques réels. 

Voici une source plus fiable que la vidéo que j'avais postée: 


samedi 5 janvier 2019

Berceuses

Quand j'étais enfant, mon père était peu présent, tout occupé à travailler et à écrire sa thèse de doctorat pendant les fins de semaine. Ainsi, les quelques minutes qu'il nous accordait le soir avant le coucher étaient précieuses et resteront ancrées à jamais. Avec son harmonica, il accompagnait ma mère qui nous chantait quelques chansons. Leur répertoire finissait immanquablement par deux berceuses allemandes qu'ils entamaient ensemble: "Gute Nacht Kameraden" et "Lasst euch nicht verdriessen, einmal muss man schliessen, einer muss den Anfang wagen, gute Nacht zu sagen: Gute Nacht!" (Ne soyez pas déçus, à un moment, il faut terminer, l'un doit oser dire bonne nuit: bonne nuit!)
J'ai vérifié sur internet, les deux chansons ont été écrites en 1938 et 1939, ainsi, leurs paroles et mélodies rappellent un peu l'époque la plus sombre de l'Allemagne des jeunesses hitlériennes. Or, dans ma vie, elles ont toujours été connotées positivement.

Quand avec mon cher Tal je suis devenue mère pour la première fois, j'ai repris le rituel de mes parents, d'ailleurs mes chants apaisaient mon garçonnet si agité. Il m'était impossible à cette époque de reprendre les berceuses ci-dessus. Je me suis donc initiée à des berceuses françaises que je n'ai pas aimées ("Fais dodo..." etc.) et à une berceuse en hébreu que j'ai adoptée ("Nouma, nouma, yaldati..."). Malheureusement, elle ne se trouve pas sur internet. C'est un chant lent et mélancolique qui parle d'un père qui promet de revenir du travail et d'apporter un cadeau à sa fillette que j'ai transformé en fils.

Quand les jumeaux sont nés, j'ai immédiatement repris l'habitude de leur chanter des chansons. A mon grand étonnement, chaque fois que j'ai entamé "Nouma, nouma...", ils se sont mis à pleurer tous les deux à chaudes larmes. J'ai essayé plusieurs fois, toujours avec le même résultat surprenant. Comme j'ai décidé de leur parler en allemand, je me suis donc tournée vers les berceuses que je connaissais de mon enfance. Elles ont eu un effect miraculeux: elles calmaient les boubies qui s'endormaient sans aucune difficulté.
Aujourd'hui encore, alors qu'ils sont grands, ils me réclament chaque soir leurs berceuses allemandes. Parfois, j'essaie d'entamer le chant hébreu, toujours avec le même résultat incroyable: ils se mettent à hurler et m'ordonnent de me taire... Par contre, les "Gute Nacht Kameraden!" et "Lasst euch nicht verdriessen!" continuent à les pacifier même après les soirées les plus excitées ou les disputes. C'est absolument stupéfiant!
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Avez-vous, rares lecteurs, observé l'effet des chants sur vos enfants?

vendredi 14 décembre 2018

Mère Courage II

Mes rares lecteurs se souviendront peut-être de mon billet intitulé "Mère Courage" qui relate le drame vécue par une de mes amies mongoles... Pendant plus de deux mois, mon amie a été assignée à résidence avec l'interdiction de quitter son domicile et de travailler dans l'attente d'un procès qui devait déterminer son éventuelle extradition en Mongolie ou sa remise en liberté... Il est facilement imaginable dans quel état mental et financier cette injustice suprême l'a jetée. Sa famille l'a aidée à distance, nous un tout petit peu, certainement pas suffisamment! Elle a dû vendre sur internet ses rares possessions pour pouvoir vivre et nourrir ses enfants... 

Pendant ce même temps, elle s'est préparée pour son procès. Sa grande fille de son premier mariage qui maîtrise le français a traduit tous les documents et chefs d'accusation. Elle-même a réuni des témoignages (le nôtre également), a pris contact avec des avocats, des assistants sociaux. Comme elle n'a pas obtenu le soutien de l'ambassade mongole en France, elle a demandé de l'aide au consulat en Suisse, plus conscilient et encourageant. Grâce à ce contact, elle a appris que le président Khaltmaagiyn Battulga avait planifié une visite, fin octobre. 

Mon amie a alors bravé l'interdiction de partir de chez elle et s'est rendue à l'hôtel où logeait le président. Elle a pu obtenir une courte audition. L'homme lui a demandé de lui soumettre par écrit  son malheur. De plus, il a invité la soeur de mon amie à se rendre au parlement d'Oulan-Bator pour rencontrer les personnes qui comme lui sont intéressées à lutter contre la corruption. Bref, le procès a eu finalement lieu en France et mon amie a eu gain de cause; tous les points dont elle a été faussement accusée ont finalement été abandonnés. Elle est donc libre, même si tout reste encore à faire, à reconstruire... Quel soulagement et reconnaisance que dans nos contrées la justice semble encore accomplir correctement sa mission! 

A présent, je souhaite à ma chère amie Courage, force et détermination pour recréer avec ses enfants une existence digne, sans violence et sans soucis économiques...

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dimanche 9 décembre 2018

Escalade 2018

Une des plus grandes fêtes de Genève est certainement l'Escalade. Dans la ville de Calvin, le carnaval a été bani au XVIème siècle, il fallait donc lui trouver un "ersatz". La commémoration de la victoire des Genevois face aux troupes des Savoyards venus envahir la république indépendante pendant la nuit du 12 décembre 1602 deviendra le prétexte pour organiser de grands rassemblements populaires, des cortèges commémorant la défaite des ennemis et finalement, des fêtes costumées. Depuis quarante-et-un ans, l'Escalade est également célébrée avec la fameuse course populaire.

J'avais déjà proposé des billets à ce sujet sur mon ancien blog. Par exemple en 2010, je ne me suis pas foulée, mais le singe Awa avec tétine m'amuse aujourd'hui!
"Notre carnaval, c'est l'Escalade, la commémoration de la victoire des Genevois sur les Savoyards le 12 décembre 1602. On se déguise, les boubies également!"
Une année plus tard, j'ai été un peu plus éloquente:
"L'Escalade: cette commémoration de la défaite du duc de Savoie qui a essayé d'attaquer la petite république de Genève en 1602 à l'aide d'échelles et d'une armée bien organisée. Aujourd'hui, on se déguise pour marquer cette victoire, on casse et mange des marmites en chocolat et on se rend au défilé. Awa et Bean ont cassé à eux seuls quatre marmites et mangé des kilos de chocolat, par contre leur mère indigne ne s'est même pas donnée la peine de les déguiser. Ce sera pour une autre fois, par contre, je les ai pris en photos!"
Ou encore:
 "Le papa des boubies est courageux, non seulement il jogge trois fois par semaine, mais encore il participe à la mythique course de l'Escalade à travers la ville de Genève. Cette année, il a même réalisé son propre record. Il est un peu comme le vin, il se bonifie avec l'âge!"
Or cette année, les trois hommes de la famille, Yoav, Naïm et Bean ont participé à la fameuse course pour laquelle je propose ici une vidéo montrant les écoliers. Bean s'est bien battu et a été le plus rapide de mes hommes!

Course de l'Escalade des écoliers

samedi 3 novembre 2018

Lapin blanc

J'aurais dû être plus vigilante avant d'accepter... Un lapin blanc, ce n'est jamais anodin. Il est entouré d'une part de mystère, de magie. Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les magiciens n'ont pas de lapins beiges ou bruns, de cochons d'inde ou de chiwawas? Non, ils utilisent les lapins blancs, les seuls qui ont le pouvoir de réapparaître après avoir disparu.

Pas encore convaincus? Dans Alice au pays des merveilles, c'est un lapin blanc qui entraîne la fillette dans les aventures les plus invraisemblables, cela aurait pu être un renard rusé ou un loup malintentionné, mais non, c'est un cuniculus couleur neige...

Le lapin blanc qui a partagé cet été trois jours de notre existence confirme ces observations. Sa famille d'accueil s'est malheureusement vite retrouvée dans l'impossibilité de le garder et nous a priés de le reprendre. À cause de la réaction allergique d'Awa, nous étions déterminés à trouver rapidemment une nouvelle famille et avons en effet reçu des demandes de personnes motivées. Or, aucune requête n'a aboutie et le lapin est resté chez nous. A notre grand soulagement, Awa n'a plus développé d'allergie.

En conclusion, nous avons un nouveau membre dans la famille que nous chérissons tous, enfin presque. Zelda, qui est une femelle, est affectueuse, curieuse, familière, mignonne à souhait. Nous avons gagné un lapin-câlin. Seul Yoav garde une distance certaine avec ce qu'il appelle "notre rat"!
http://lelieumagique.com/wp-content/themes/halftone/php/timthumb.php?src=http://lelieumagique.com/wp-content/uploads/2013/05/spectacle-de-magie-nantes-Le-Lieu-Magique.jpg&w=672" width="400"

mardi 16 octobre 2018

Die Zwillinge

A Hambourg, en avril 2011, je me suis rendue au musée d'art contemporain (Deichtorhallen) pour voir l'exposition photos des deux jumelles, icônes des années hippies, Gisela Getty et Jutta Winkelmann. Malheureusement, j'ai été découragée par la queue à l'entrée du musée et me suis réfugiée dans la librairie pour aller découvrir le catalogue de l'exposition.

Au risque de choquer d'aucuns, j'ai remarqué que pour les expos photos, à moins d'être face à de très grands formats, les catalogues sont un excellent "ersatz". Alors que j'apprécie tout particulièrement la photographie, je ne ressens pas la même émotion en voyant un tirage qu'en présence d'une œuvre peinte originale, ainsi le catalogue peut servir de substitut. Or, lorsque j'ai eu entre les mains celui des "Twins", j'ai été complètement fascinée par leurs photos retraçant leur vie de bohème, leurs rencontres et leur époque déjantée. Du coup, j'ai tout acheté: le catalogue et la double autobiographie des jumelles, Die Zwillinge oder Vom Versuch, Geld und Geist zu küssen, que j'ai lue aussitôt.

Les belles jumelles monozygotes après une enfance relativement normale à Kassel en Allemagne ont très vite refusé les modèles bourgeois de leur famille pour se lancer corps et âme dans le monde de la contestation, de l'art, des drogues et des excès de tout genre. Or grâce à leur flair, leur complicité (mais également antagonismes), leur beauté et leur effronterie, elles ont rencontré et côtoyé les plus grands artistes des années 70: parmi eux, Léonard Cohen et Bob Dylan, pour n'en citer que deux.

Or depuis, une des jumelles, Jutta Winkelmann, est décédée en 2017 à l'âge de 68 ans, laissant sa soeur "déjumellée"... Je dois forger un épithète, comme il n'existe aucun terme pour désigner les survivants d'une fratrie. J'imagine que cela doit être difficile pour Gisela Getty qui a connu tant de drames dans sa vie.